EDITO

Allez, zou, tous au confessionnal!

Peuple bien-aimé, devant toi je m'agenouille, car j'ai fauté. Tu me
croyais invulnérable? Vois-moi nu comme le vermisseau parce que je
suis faillible. Mais quelle est donc cette mode qui, depuis quelques
semaines, conduit des politiciens à aller, pour un oui ou pour un non,
à confesse?
Pas une révélation intime, secrète, non. Des aveux bruyants. Le
premier à s'être lancé récemment, c'est Jean Studer, conseiller d'Etat
socialiste neuchâtelois. Pincé pour un taux d'alcoolémie dépassant la
limite de 0,5‰ de – ô scandale – quelques misérables millièmes, il
s'est rué devant la presse pour expliquer les menus détails des
circonstances qui l'avaient amené à de si scandaleux excès. On a
alors tout su de lui: d'abord qu'à midi, il avait mangé une «salade»
(de carottes? de maïs?), c'est donc peut-être pour cela que, malgré
son solide gabarit (poids? taux de cholestérol?), il s'est retrouvé gris
malgré les «trois ou quatre verres de vin» (cépage?) bus chez ses
amis (noms? adresse? force du lien?). Ce week-end, c'est au tour de
Claude Roch, conseiller d'Etat valaisan. Pincé à 38km/h au-dessus de
la limite, il jure qu'il allait informer tous azimuts de ses méfaits.
A quoi riment ces aveux publics? «Souci de transparence», répond
Jean Studer. A ce train-là, on aura bientôt droit aux confessions de
Daniel Brélaz: «Oui, j'aime le tofu.» ou à celle de Moritz Leuenberger:
«Le moteur d'une 4 x 4, c'est plus doux qu'une mélodie d'Alain
Morisod.»
Curieuse époque avide d'aveux publics insignifiants, mais qui tolère
sans sourciller que la vérité soit reportée aux calendes grecques
quand elle concerne les vraies affaires. Celles susceptibles de jeter un
total discrédit sur la politique comme, par exemple, le dossier du
conseiller administratif André Hédiger à Genève. En cédant à la
tyrannie moderne du tout à la transparence, c'est toute la politique
que ces mea-culpa finiront pas rendre opaque.

Béatrice Schaad

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