L'INFO

COMMENT GAGNER 5000 FRANCS SANS
ARRETER DE FUMER

Les acteurs de la prévention du tabagisme lancent un concours
pour arrêter de fumer. Un jeu au règlement fumant

TEXTE: RAPHAËL MURISET

Abandonner cigarettes, cigares, pipe ou tabac à mâcher pendant
un mois et empocher 5000 francs? La proposition émane des
organisateurs de la campagne nationale pour la prévention du
tabagisme «Arrêtez de fumer». Un concours lancé le 31 mai
dernier, Journée mondiale sans tabac, et coorganisé par la Ligue
suisse contre le cancer, la Ligue pulmonaire suisse, l’Association
suisse pour la prévention du tabagisme et l’Office fédéral de la
santé publique. En apparence, du sérieux que ce deal, mégots
contre gros billets, proposé aux fumeurs par les poids lourds du
pays en matière de lutte contre les méfaits du tabac. Un gag
insensé, dans la pratique. Tant le concours – de la sélection des
participants à la désignation du vainqueur – relève de
l’amateurisme. Une véritable aubaine. L’heure de la revanche sur
les empêcheurs de fumer en rond a sonné. Comment gagner
5000 francs sans arrêter de cloper. Mode d’emploi.

1. Vous remplissez un bulletin d'inscription. «Tous les fumeurs
qui habitent en Suisse peuvent participer», assure Verena El
Fehri, directrice de l’Association suisse pour la prévention du
tabagisme. Vous ne fumez pas? Pas de souci. «Nous n’avons pas
les moyens de vérifier que les participants sont bien fumeurs. On
leur fait confiance», explique la directrice. Première faille du
concours: les non-fumeurs ont toutes leurs chances d’emporter
ce concours pour fumeurs.

2. Deuxième étape: répondez à un questionnaire sur votre
consommation de tabac et fournissez le nom d’un témoin de
votre choix. En clair, trouvez un proche qui, le cas échéant, se
portera garant de votre abstinence durant le mois de l’épreuve.
Le seul moyen pour les organisateurs de s'assurer de votre
respect des règles. Ni contrôle médical ni détective privé à vos
trousses. «Là encore, on mise sur l’honneur des gens. On ne peut
pas exclure qu’il y ait des tricheurs, mais je ne pense pas»,
explique, confiante, Verena El Fehri. Un petit mois tranquille,
donc. Pour autant que le geôlier soit aussi «honnête» que le
prisonnier.

3. Et après? Comment le gagnant est-il désigné? Un premier
tirage au sort permet de présélectionner une cinquantaine de
lauréats potentiels. L'étau qui se resserre? Cette dernière
poignée de candidats est-elle finalement disséquée? Là encore,
pas de souci. La vérification des organisateurs n'est pas
améliorée en fin de course. «D’abord, on nous appelle, ainsi que
notre témoin, afin de s’assurer qu’on a bien arrêté de fumer
pendant un mois», explique Denise Muths, la gagnante de
l’édition 2005. La moindre des choses. «Ensuite, par La Poste, on
nous fait parvenir un test qui permet de le vérifier. Un test de
salive qu’on doit leur retourner.» La cerise sur le gâteau: un test
final à pratiquer chez soi. Vraiment? «Pour des raisons
logistiques, nous en avons envoyé beaucoup à domicile l’an
dernier. Mais, cette année, nous aimerions qu’il soit à nouveau
fait dans les pharmacies ou les centres de prévention
cantonaux», justifie la directrice de l’Association suisse pour la
prévention du tabagisme. Et, dans ce cas-là, impossible de
tricher? Les doigts dans le nez. Puisque, comme le confesse
Verena El Fehri: «Ce test permet de savoir si la personne a fumé
dans les quarante-huit heures précédentes.» Et sa fiabilité?
«J'avais bel et bien arrêté de fumer, mais le test indiquait le
contraire», se souvient Denise Muths. Ce qui ne l'a pourtant pas
empêchée d'être tirée au sort comme grande gagnante en 2005.
Une lauréate qui, comme tous les autres gagnants interrogés, a
recommencé à fumer quelques mois après le concours. Autant
de dysfonctionnements qui devraient suffire à motiver les plus
réticents. Car tout de même, à 6 francs pièce, 5000 francs, c'est
près de 833 paquets. Soit 16 660 cigarettes. A n'en point douter,
la meilleure raison de participer.

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