| Quand les musulmans finissent par financer
des synagogues
A Genève, les consulats des Emirats arabes unis et du Pakistan
versent une location à une fondation qui rénove des synagogues
TEXTE: RAPHAËL MURISET
A priori, les Emirats arabes unis et le Pakistan ne sont pas
judéophiles. Pour le moins difficile d'imaginer que ces deux nations
puissent s'investir dans la cause juive, sous quelque forme que ce
soit. Et pourtant. Indirectement, c'est bel et bien le cas à Genève.
Explication.
Basée à Genève et au Liechtenstein, la Fondation philanthropique
Edmond J. Safra offre un appui financier à des fins d'utilité publique.
Son rayon d'activité? Les domaines de l'enseignement, de la
médecine et de la religion, notamment. «La recherche contre la
maladie de Parkinson dont souffrait Edmond Safra, la scolarisation
d'enfants en Israël ou encore la rénovation de synagogues, par
exemple», cite Marc Bonnant, vice-président de la fondation. Ainsi,
des centaines de milliers de francs sont redistribués chaque année
par la Fondation Safra. En Suisse et à travers le monde. La
provenance de ses fonds? «A Genève, la fondation est propriétaire
d'un certain nombre de biens immobiliers. L'entier du produit que
représente leur location est redistribué», explique Marc Bonnant.
Autrement dit, ce sont les locataires des propriétés de la Fondation
Safra qui permettent à cette dernière de financer ses projets? «C'est
un raccourci, mais on peut effectivement dire cela», reconnaît Marc
Bonnant. Et cela tombe plutôt bien: les locataires en question sont
pour la plupart fortunés. Suffisamment dans tous les cas pour pouvoir
assumer les loyers demandés aux numéros 56 et 58 de la rue
Moillebeau. A titre d'exemple, selon une annonce publiée par la
Société privée de gérance: 13 646 francs mensuellement, hors
charges, pour 327 m2 de bureaux situés au rez-de-chaussée du
numéro 56. Qui peut se le permettre? Le consulat des Emirats arabes
unis et le consulat du Pakistan, entre autres. Tous deux locataires aux
adresses précitées. Et de fait, donateurs de la Fondation
philanthropique Edmond J. Safra et constructeurs de synagogues par
procuration.
Un drôle de hasard ou lire le message d'une possible paix entre juifs
et musulmans? Et Marc Bonnant de se réjouir de l'aspect symbolique
de la situation: «L'anecdote est en accord avec les valeurs de la
fondation. Nous nous impliquons certes en faveur des juifs, mais nous
finançons aussi des écoles en Palestine, tout comme nous nous
engageons pour l'entente entre rabbins et imams. Pour nous, la
misère n'a pas de religion». C'est vrai. Et la paix, hélas, pas
d'appartement... |