Vol au-dessus d’un nid de «mous mous»
TEXTE: THIERRY MEURY
Le rapport de Dick Marty sur les vols secrets de la CIA et le
silence complice, servile du Conseil fédéral à l’égard des Etats-
Unis, jette une lumière bien plus crue sur notre gouvernement
que toute la satire réunie, de la radio à la presse écrite en
passant par les caricatures les plus cruelles et irrévérencieuses.
Sans revenir sur le rapport et les accusations du Tessinois, ce qui
reviendrait à enfoncer un clou que le menuisier Marty s’est
chargé de planter avec brio, voilà qui peut poser la question du
choix (ne pouvant parler véritablement d’élection) de nos
conseillers fédéraux.
A l’heure où Doris Leuthard s’apprête à devenir ministre par
défaut, le temps semble être venu de s’interroger sur les
qualités requises pour entrer dans le collège gouvernemental.
Serait-il possible, comme tous les gouvernants de Suisse et du
monde s’emploient à le faire dans la fonction publique, de
désigner nos sept «Sages» au mérite? Ou si, vous préférez,
choisir les meilleurs plutôt que simplement les vainqueurs de
concours de circonstances? Ma réponse sera sans équivoque:
oui… mais non!
Oui, parce que ce serait la meilleure solution… et non, parce que
la chose est impensable dans ce pays! Car il faudrait, pour cela,
passer outre la médiocrité des arguments qui, aujourd’hui,
conditionnent «l’élection» de l’une ou de l’autre: «un homme ou
une femme?» «un radical romand ou alémanique?» «un UDC
mou ou un UDC dur?» «un socialiste plutôt de droite ou plutôt du
centre?» «une jolie femme ou une ménagère de plus de 50 ans»?
Bref, les grands choix politiques dans ce pays se font par petites
annonces! A aucun moment n’apparaît la notion de programme
de gouvernement, de ligne politique ou autre. Pensez-vous
sincèrement que si demain, comme ça se fait partout ailleurs, un
«premier ministre» radical était appelé à composer un
gouvernement, que celui-ci choisirait Merz pour les finances? Il
ne l’oserait pas, même par copinage…
Le constat est amer: la seule véritable condition pour devenir
ministre est d’être là au bon moment avec le bon profil. J’en veux
pour preuve que, si la Politique, avec un grand «P» et la qualité
des candidats avaient une quelconque influence, Dick Marty
serait déjà conseiller fédéral!

