Chinoiseries de transplantation
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
Au Centre international d’assistance à la transplantation de
Shenyang, les prix sont clairement affichés: 62 000 dollars pour un
rein, 100 000 pour un foie, 160 000 pour un coeur. Cette
transparence sur les prix se conjugue avec une opacité totale sur
les donneurs. De regrettables indiscrétions journalistiques ont
appris qu’il s’agit de condamnés à mort et que, détail édifiant, ils
sont tous volontaires. Non pas pour être exécutés, mais pour qu’on
procède à la récupération et à la vente de leurs organes. Voilà une
mesure du patriotisme chinois qui devrait nous faire réfléchir.
Au total 20 000 greffes par an, soit un chiffre d’affaires de quelque
2 milliards. Cela laisse rêveur sur le génie économique de la Chine.
Des hommes d’affaires aussi avisés finiront par nous ruiner. Quand
on pense que la peine de mort est abolie en Suisse et que les
donneurs se font tirer l’oreille au point que des receveurs potentiels
finissent par mourir faute de greffons. Même si c’est politiquement
correct, est-ce bien moral?
Ainsi se vérifie l’adage bien connu selon lequel une démocratie ne
peut vivre qu’en symbiose avec une dictature. Les scrupules
paralysant la première la mèneraient à la ruine sans le réalisme de
la seconde. Car une dictature ne peut se maintenir que par
l’exécution des dissidents, tandis que l’abolition de la peine de mort
prive la démocratie d’un stock d’organes de rechange.
Evidemment, on convaincrait difficilement les Suisses de rétablir la
peine de mort pour alimenter la chirurgie de transplantation.
Quoique! Si on appliquait cette peine aux requérants d’asile
récalcitrants, on ferait d’une pierre deux coups: ils cesseraient de
nous coûter des frais d’hébergement et nous bénéficierions d’une
activité lucrative.

