Doris Leuthard capitularde
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Il n’y avait pas d’autres candidats, Doris, tu étais seule pour un
seul siège. Passons sur cette absence de choix qui fait de ton
élection au Conseil fédéral l’équivalent de l’entrée de Brejnev au
comité central du PCUS. Cela, ce n’est pas ta faute, Doris. Ou
pas complètement.
Ce qui te revient, en revanche, c’est cette campagne électorale,
menée devant tes pairs. Voilà que, pour assurer ton élection, tu
t’es mise à donner des arrhes à chacun, à promettre ici et là tout
et n’importe quoi. Pour rassurer les radicaux d’abord: «Quels que
soient ses résultats électoraux, as-tu lâché, le PDC ne
revendiquera pas de récupérer son deuxième siège avant 2011.»
Pour plaire à l’UDC ensuite: «Il n’est pas question pour le PDC de
contester la réélection de Christoph Blocher au gouvernement.»
Belles promesses, Doris, et qui engagent un parti que tu
présidais encore lorsque tu les as faites. Mais tout de même, cela
ne laisse rien présager de très bon quant à ton sens de l’Etat et
quant à ta rigueur intellectuelle et politique.
Faut-il en effet rappeler que les radicaux ont inventé et invoqué
en 2004 une obscure logique électorale pour justifier le maintien
de leurs deux sièges au gouvernement et l’éviction du second
fauteuil démocrate-chrétien? Devant la promesse d’une lourde
défaite l’an prochain, ils s’inquiètent à raison, et voilà que la
présidente du PDC fait publiquement acte de soumission.
Faut-il redire encore que Christoph Blocher est actuellement
sous le coup d’une enquête parlementaire pour mensonge
qualifié, qu’il est menacé d’une seconde enquête parlementaire
pour incompétence de gestion reconnue et qu’il est l’objet d’une
plainte pénale pour avoir sciemment et faussement traité deux
requérants d’asile de criminels? Devant ces preuves
d’insuffisance, le suffisant national populiste s’alarme pour sa
réélection, et voilà que la présidente du PDC vient publiquement
le rassurer et apaiser ses nervis.
Doris, seule candidate, tes sottes promesses n’étaient pas
nécessaires. Il faut aujourd’hui craindre hélas que tu aies, dans
ta rage d’être élue, confondu une campagne électorale avec une
capitulation sans condition.

