Nous avons les moyens de vous faire parler
autrement!
TEXTE: THIERRY MEURY
Désolé, mesdames, mais il va falloir à nouveau que je parle de
vous. Et quand je dis «de vous», je veux parler de celles qui vous
représentent, ou du moins qui sont censées le faire
politiquement. Et malheureusement, à cet égard, ce n’est pas
folichon.
Non seulement vous êtes trop peu représentées (oui, oui, vous
avez bien lu, c’est bien le soussigné qui l’écrit, il n’y a aucune
intervention de la rédaction en chef), trop peu représentées pour
différentes raisons sur lesquelles on pourrait débattre des
heures, mais, de plus, vous êtes mal représentées! Vous n’avez
ni quantité ni qualité. Et la preuve en a été donnée une nouvelle
fois avec les deux dames les plus en vogue du pays ces
dernières semaines.
Tout d’abord, on vous a expliqué par le menu l’habillement de
Doris, le sourire de Doris, les cheveux de Doris et le regard de
Doris, sans trop insister sur ce dernier, et pour cause.
En revanche, question politique, rien, nada, le vide, le néant
absolu. Dès lors, de deux choses l’une: soit on occulte
volontairement ses idées, son programme et sa ligne politique
parce qu’elle n’en a pas – et alors, on peut se demander ce
qu’elle va foutre dans un gouvernement. Soit on estime que
vous êtes trop tartes pour comprendre quoi que ce soit à la
politique et que, pour vous intéresser, il faut vous parler de soins
capillaires et d’astrologie. Ce qui, dans un cas comme dans
l’autre, en revient à vous prendre pour des connes! Et l’égalité
des salaires dans tout ça? Et vos droits? Pas entendu parler, du
tout. Sauf peut-être par la bouche de Micheline, l’autre. Qui, elle,
a décidé de placer son combat féministe sous l’angle du
dictionnaire. Sa torture à elle, c’est le vocabulaire, attention! Il
ne faut plus appeler Conseil des droits de l’homme, le Conseil
des droits de l’homme, mais Conseil des droits humains. De quoi
soulager bien des femmes torturées aux quatre coins de ce
monde barbare.
Et les vols secrets de la CIA au-dessus de notre
territoire, Micheline? Ces vols livrant leurs victimes aux
bourreaux de prisons tout aussi secrètes en Europe de l’Est? Il
n’y aurait donc que des suppliciés mâles dans ces avions pour
vous en désintéresser autant? L’ouvrir à cette occasion aurait
peut-être été plus utile qu’une bataille rangée pour des mots.
Des mots qui vous ont manqué, en l’occurrence. Je vous propose
d’ailleurs – et par souci d’égalité, c’est mon dada – un mot
masculin et un féminin pour résumer cette triste affaire: silence
et complicité.

