Flips flops
TEXTE: GÉRALDINE SAVARY, Conseillère nationale
Le monde politique est cruel. Il sacre les uns, condamne les
autres ou, ce qui est pire, ignore la plupart. Un grain de sable
dans la machine bien huilée de la course au pouvoir, un mot
maladroit prononcé sans réfléchir, une intervention de trop et,
patratras! vous trébuchez.
Vite, très vite alors, les regards de vos collègues se détournent,
les conversations s’arrêtent au moment où vous arrivez; vous
travaillez seul, mangez seul, fumez seul, comme si vous traîniez
dans votre sillon une odeur nauséabonde. L’échec colle à la peau,
plus encombrant qu’une maladie contagieuse, le plus humiliant
étant que le condamné ne s’aperçoit que progressivement de sa
disgrâce. Rien que de très banal au fond. Les cours de récréation
sont remplies de bigleux, de petits maigrichons ou de gros bras
timides persécutés par leurs camarades.
Jean-Claude Rennwald s’est pris les pieds dans 40 paires de
chaussures. A vouloir parler en son nom personnel pour lancer
des attaques personnelles, et voilà qu’il attaque trop fort et qui,
plus est, en ratant sa cible. Résultat, pendant que l’étoile de
Doris brille, brille, brille, celle de Rennwald chute, chute, chute.
La palme du mot de trop qui tue revient sans nul doute au
démocrate-chrétien Dominique de Buman. Par sincérité ou par
naïveté, il dénonce, devant une assemblée de citoyens, la
corruption qui sévit dans le canton de Fribourg. Aujourd’hui, le
gouvernement exige des explications, la presse aussi, bientôt
sans doute la justice. Et l’on se demande, mais comment donc
va-t-il se sortir de cette panade?
Conseils pour éviter la dégringolade. Premièrement, ne jamais
dire du mal de ses collègues sans vérifier à qui l’on s’adresse.
Deuxièmement, en cas de grosses bourdes, nier. Si c’est
impossible, alors battre sa coulpe, puis laisser passer l’orage.
Surtout ne pas s’obstiner par orgueil. Enfin, et c’est le plus
important, considérer que la politique est un champ de mines.
Assurer ses arrières. En bref, prendre des risques oui, mais en
évaluer la portée.
Tout ça me fait penser que je ferais peut-être mieux de renoncer
à publier cette chronique…