Balai fédéral

Les plus cultivés de nos amis germanophones avaient deux
possibilités pour se procurer leur journal favori: s’abonner ou se
faire élire au Conseil national. Le Palais fédéral est resté le
principal lieu de diffusion alémanique de Saturne, dont plusieurs
exemplaires étaient disposés gratuitement dans la salle des pas
perdus. Les politiciens allaient anxieusement vérifier ce qui leur
valait de figurer au tableau d’honneur et découvrir, par exemple,
les dernières méchancetés de leur collègue Géraldine Savary.
Les leçons de politique dispensées par la socialiste vaudoise
auront divisé le Parlement en deux camps: ceux qui sont morts
de rire et ceux qui ont envie de la tuer.

Nous nous apprêtions à révéler comment l’entourage de Pascal
Couchepin s’amuse d’entendre Micheline Calmy-Rey répéter
l’expression «droits humains» à toutes les sauces, et dire «droits
de l’homme» lorsqu’elle s’adresse à Couchepin. Mais tout ceci
appartient désormais au passé. L’ombre va s’étendre sur les
passes d’armes entre «Mimi» et «Le grand». On serait tenté de
dire que c’est tout bénéfice pour le consensus helvétique, que la
fin de Saturne coïncide avec le renouveau du système de
concordance. Ce serait à mourir de rire.

La disparition de Scarbo a réjoui un parlementaire en particulier:
le conseiller national grison Bertrand Aloysius (PDC). Ce très
discret spécialiste de la péréquation financière nous a fait
parvenir une épitaphe, que nous traduisons, non sans peine, du
romanche sursilvan: «Console-toi, écrit-il, tu auras pour linceul les
bandelettes tachetées d’or d’une peau de serpent, dont je
t’emmailloterai comme une momie. Et de la crypte ténébreuse
de sainte Bénigne, où je te coucherai debout contre la muraille,
tu entendras à loisir les petits enfants pleurer dans les limbes.»

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