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Beau début, belle fin

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Le voyage, ça commence comme ça: «Voyager, c’est bien utile,
ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions
et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire.
Voilà sa force.
Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est
imaginé. C’est un roman, rien qu’une histoire fictive. Littré le dit,
qui ne se trompe jamais.
Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de
fermer les yeux.
C’est de l’autre côté de la vie.»
Et, le voyage, ça finit comme ça: «De loin, le remorqueur a sifflé;
son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse,
un autre pont, loin, plus loin… Il appelait vers lui toutes les
péniches du fleuve, toutes, et la ville entière et le ciel et la
campagne et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout,
qu’on n’en parle plus.»

Voyage au bout de la nuit, Céline, Ed. Gallimard, Folio, 1981

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