DEUX MOTS ET J'ARRÊTE

Au suivant!

TEXTE: THIERRY MEURY

Ceux qui trouvaient que Saturne était un bon journal en seront
pour leurs frais: celui-ci part en vacances prolongées, ses
collaborateurs et chroniqueurs également. Et ceux qui ne
l’aimaient pas, le trouvaient insipide, sans âme ou je ne sais
encore, en seront pour leurs frais aussi. Car, s’il relève du lieu
commun d’affirmer que la mort d’un journal est une part de
démocratie qui s’en va, le contexte actuel fait que, loin d’être les
premiers, nous ne serons pas les derniers non plus. Ainsi, ceux
qui se réjouissent de la disparition de ce «torchon», ont intérêt à
s’en gausser rapidement, car, demain, ce sera peut-être leur
journal de référence qui mettra la clé sous le paillasson. Non pas
que je le souhaite, mais le fait est. Les ravages de la concurrence
et des «gratuits», sorte de «tsunami» publicitaire pour les
journaux payants, sont déjà considérables, et il ne s’agit encore
que de la pointe de l’iceberg.
Ce qui m’amène à cette réflexion amusante que, finalement, on
est toujours puni par là où l’on a péché. Je m’explique.
Depuis grosso modo la chute du Mur et l’apparition de la pensée
unique, pensée stigmatisant les mérites de la mondialisation, de
la concurrence, du profit bref, du libéralisme sauvage, je ne
connais guère de canards et de journaleux qui n’ont pas
succombé aux sirènes du dieu fric. Que d’éditoriaux assassins,
que d’encre versée pour les restrictions budgétaires, pour le
moins d’Etat, pour les privatisations, la dérégulation des lois du
marché et j’en passe. Commandités ou pas par les éditeurs, ces
papiers ne répondaient qu’à une seule logique: la libéralisation
totale de notre vie économique. Et ce n’est pas accorder trop
d’importance à la presse que d’affirmer que le message, à force
de matraquage, a fini par passer, faisant, au passage, le lit de
mouvements ultralibéraux, nationalistes et populistes, comme
l’UDC.
Et, aujourd’hui, les mêmes (j’en veux pour preuve les différents
collectifs de journalistes s’opposant aux gratuits), de s’émouvoir
de la disparition programmée de ce que nous appellerons la
presse, tant il est vrai qu’il paraît difficile de considérer Le Matin
bleu ou 20 minutes comme des journaux.
Pourtant, c’est bien là l’une des caractéristiques de la société
que tant de plumes ont appelée de leurs voeux durant tant
d’années.
Saturne meurt aujourd’hui pour avoir tenté d’être différent. Le
même sort guette malheureusement ceux qui n’ont fait que
suivre le mouvement…

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