| FEUILLETON |
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| «Une
truffe, rien d’autre.» Ce fut sa première épitaphe.
Et l’origine d’un repas. Celestino Celestini, commissaire de son état, immigré de la deuxième génération, était enquêteur par profession et gour- met par confession. A chaque crime, à chaque enquête, il attribuait sa recette. Et sa carte était assez étoffée. Il y avait la purée de céleri aux noix et noix de St Jacques et son jus de lime à l’huile de noix. Recette testée et approuvée au terme d’une enquête sur l’accident de chasse d’un Don Juan de la majorité: testicules explosés à la chevrotine, des éclats de ses noix sur l’entier du sous-bois et cette remarque insensée du brigadier: «ça, pour jouir, il a dû jouir…» Il y avait aussi le mille-feuille d’aubergines aux champignons. Une pré- paration inaugurée et plébiscitée après qu’une contractuelle fade fut écrasée par un 4x4 de paysagiste excédé et à l’instant justement ou le brigadier s’extasiait: ça, pour accélérer, il a dû accélérer…» Il y avait encore le filet de boeuf en croûte de Parme et embeurrée de choux-pommes aux graines de sésame, l’incontestable réussite d’une enquête sur un trafic avec l’Italie voisine de semence de taureau congelée. Le couronnement aussi de ce propos désabusé du brigadier après le coup de filet: «ça, pour des boeufs, c’étaient des boeufs…» «Quelle truffe, mais quelle truffe!», se dit Celestino Celestini en attendant le brigadier. Et lui, justement, Louis Costanti, arrivait avec le procureur: «ça, pour du gratin, c’est du gratin.» Et c’était vraiment du gratin. Député au Parlement, chef incontesté |
de
la majorité, grenouille de bénitier, cafetier-viticulteur…
Bref! C’était une béchamel d’enfer entre deux couchettes de wagon-lit. Celestino Celestini en était encore à l’élaboration mentale de son chef-d’oeuvre culinaire qu’on l’interrogeait déjà: «Qu’en dites-vous, mon cher?» Une sacrée affaire, soupira le commissaire en supputant son goût. Vous l’avez dit, reprit le procureur en soupesant son politique coût et les pressions sur le parquet. Je ne veux qu’une chose, m’entendez-vous Celestini? Pas deux. Juste une: le nom de son tueur. N’enquêtez pas sur ses liens, n’enquêtez pas sur ses affaires, n’enquêtez pas sur ses contacts, ça nous mènerait trop loin. C’est une histoire sans histoires, sans strates, sans couches, sans rien. Avec un mort juste et juste un as- sassin. Pas de farce, hein Un mort, un assassin, c’est tout. M’avez compris? - Ça risque d’être fort, salivait le commissaire. - Vous le fait pas dire, reprit le proc. - Ça, pour en chier, ça va en chier…» ponctua le brigadier et ce fut sa seconde épitaphe. Les autres, d’épitaphes, elles furent à l’avenant. Dans l’ordre, l’Evêque: «Dieu ait son âme»; l’Evêque en privé: «Dieu ait son âme, hé, héhé, héhéhé…» Sa femme: «Sa présence m’était indispensable, sa perte…» L’opposition: «Il manquera.» Et enfin ses politiques amis: «Bon! Qui pour lui succéder?» |