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N°10 - 9 juillet
2004
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L'ÉDITORIAL
Gilets de sauvetage
ARIANE DAYER
On a vu la couleur de leurs chaussettes, on était bien contents. Pour traverser une Sarine à 15 centimètres d'eau, les conseillers fédéraux en course d'école ont enfilé des bottes. Et des gilets de sauvetage, qui permettaient de cerner les caractères: battants au vent pour le conquérant Pascal Couchepin, sangles serrées pour le prudent Samuel Schmid. Tournée générale de chemises à carreaux de papis, sur tournée générale de bedaines, c'était si rond, si joli, pour ainsi dire inoffensif. C'est ça, le Conseil fédéral de la mort qui tue? Celui qui devait faire vaciller la Suisse sur son socle, décaper les mentalités, éventrer les certitudes? Ben, ça troue pas les chaussettes... Depuis six mois, depuis que l'UDC a pris un siège gouvernemental au PDC, les médias guettent avec espoir le psychodrame, avides de fuites (il y en a toujours eu) et de dérapages verbaux (il y en aura toujours). On essaie de faire croire que la dynamique des sept est pire qu'avant, en crise, ingérable. Il faut bien que quelque chose se soit passé, bon sang, puisque ça s'est passé: Christoph Blocher est entré au Conseil fédéral. Dans la réalité, pas de révolution. Le bilan intermédiaire de ce gouvernement n'est même pas plus mauvais que les autres. On a bouclé les bilatérales, on modifie les assurances sociales et l'asile, on négocie le budget. Si quelque chose a changé, ce n'est pas le climat, mais le contenu politique, nettement plus à droite. Cessons d'évaluer le Conseil fédéral sur ses variations hormonales et passons aux choses sérieuses: le social et le culturel vont subir des coupes, l'asile se durcir. La rentrée sera politique, et les gilets de sauvetage bien rares.
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