EN BRUT
A partir de là, les médias qui vouent un véritable culte aux
histoires de tunnels et de bouchons - la RSR et Le Matin en tête
de peloton - n'ont plus qu'à faire leurs achats sur ce nouveau
marché de l'inforoute. Ils déploieront ensuite les données
récoltées via des supports tout aussi perfectionnés et inventifs.
Le Matin «achète» chez Natel futé, complète le panier avec les
informations provenant des communiqués de la Police vaudoise,
et mise principalement sur l'inforoute via sms. La RSR quant à
elle «achète» du fait maison grâce à Viasuisse (société filiale de
SRG-SSR Idée Suisse) qui bénéficie des informations du système
DAD et des compteurs de l'OFROU. Au niveau des supports, elle
multiplie l'offre: par téléphone et par RDS (l'inforoute défile sur
les autoradios dotés du système RDS) . Dans la foulée, portée
par ce vent de l'obsession inforoutière, la RSR avait également
prévu le service par sms. Mais c'était avant que le souffle
retombe. Avant que les tunnels de Glion aient réussi à saouler la
Suisse Romande tout entière.
«On se pose effectivement quelques interrogations aujourd'hui»
avoue Pierre Luyet, rédacteur en chef de l'info à la RSR, au sujet
de la mise en place d'un service inforoute par sms. Service qui,
rappelons-le, s'additionnerait aux trois spots par heures sur les
ondes, au numéro de téléphone mis à disposition et au système
RDS. Pas sûre que cette offre là soit bien nécessaire en effet. Et
de concéder: «Aujourd'hui, on se rend bien compte qu'il y a 1
million de personnes en Suisse Romande qui en a rien a faire des
éventuels bouchons de Glion». Au vu des tracas techniques que
cause la mise en place d'un tel service, du coût financier et de la
grande lassitude du public romand, on vous comprend Monsieur
Luyet.
Les tunnels de Glion auront assouvi les fantasmes les plus fous.
Ceux de ces nouveaux scientifiques de la route et du bouchon
qui ont trouvé en Glion une opportunité unique de déployer un
dispositif d'étude routière démentiel. Ceux de quelques
automobilistes qu'on suspectera d'avoir inconsciemment rêvé de
bouleversements du quotidien. Et ceux des médias bien sur, qui
ont cru pouvoir tenir en haleine toute la Suisse Romande, le
printemps et l'été durant, avec des récits sans cesse renouvelés
de scléroses automobiles et de panne en tout genre. Qui ont cru
faire du 15 avril 2004, premier jour de circulation bidirectionnel,
un 11 septembre romand.